
|
Cette petite région du Mustang, auparavant connue comme le Royaume de Lo, a été effectivement bouclée par le gouvernement népalais en 1960, après l'invasion chinoise du Tibet. Cachée du monde par les sommets de l'Annapurna et du Dhualagiri, elle devint le dernier réel royaume caché du Népal. Maintenant, le gouvernement permet à un nombre limité de voyageurs de visiter cette région et les premiers groupes sont déjà revenus avec des histoires enthousiastes d'une terre sèche et désolée mais d'une beauté extraordinaire; d'un peuple dont le style de vie a très peu changé depuis le Moyen Age, vivant modestement; d'une culture religieuse solennelle dont les icônes quotidiennes sont de précieuses œuvres d'art. Le Mustang fournit l'une des dernières occasions d'entrer dans un monde perdu dans le temps.
|
|
J'étais le seul Sud-Africain dans notre groupe international comprenant deux Américains, deux Allemands et deux Thaïlandais. Dawa Tenzing, notre Sadar (guide de randonnée) nous présenta à l'équipe de support de 5 Sherpas (alpinistes népalais), au chef cuisinier, aux 3 cuisiniers, aux 2 âniers et aux 15 ânes, avant de prendre la tête de ce qui allait devenir l'aventure de ma vie.
La première étape de notre trajet nous mena le long de la large rivière Kali Gandaki jusqu'à la ville de Kagbeni. Depuis le début, nous vîmes une beauté angoissante et inoubliable; un monde rempli de formes étranges et de plantes bizarres.
Kagbeni est situé à la confluence des rivières Kali Gandaki et Jhong Khola, position d'une grande valeur commerciale et stratégique. De là, le dieu local de la guerre pouvait contrôler le commerce sur la rivière entre le Népal et le Tibet. La ville entière était auparavant une forteresse et on y voit toujours des traces de son passé militaire dans la dense configuration des maisons et dans l'étroitesse des rues. A Kagbeni, au contrôle de police, nos documents pour le Mustang furent vérifiés avant d'entrer dans un monde complètement différent.
Comme nous progressions vers le Nord, nous passâmes à travers les jolis petits villages de Tangbe et de Chuksang. Ici, nous entrâmes dans les bad-lands extraordinaires du Mustang, composés de flancs nus très érodés qui exposent une palette de couleurs éblouissante. Comme nous suivîmes la rivière plus au Nord, les falaises sur chaque côté devinrent plus spectaculaires et plus proche les unes des autres. Finalement, à Chele, les falaises se refermèrent en un étroit défilé.
Première dégustation du 'café du Mustang'
Avec le fort arrière goût prolongé du café du Mustang de la veille, nous grimpâmes la vallée de Kali Gandaki et passâmes le col ardu entre Chele et Samar. A ce point, Samsee, la femme de Steve, commença à avoir les symptômes du mal des montagnes.
Samar fut une surprise plaisante avec ses champs verts et ses petits arbres. Le village est un arrêt principal pour les caravanes de chevaux et il y a des écuries dans le village où l'on peut voir des troupeaux de poneys trapus avec des atours délicatement brodés, soignés par des écuyers portant des couleurs vives.
Comme nous négoçiâmes encore deux cols de 3 800 mètres sur le chemin vers notre campement à Tamaghyang, la santé de Samsee se détériora rapidement et nous décidâmes de rester un jour de plus à Tamaghyang pour lui laisser le temps de s'acclimater.
Je profitais du temps pour explorer Gilling, village voisin de maisons blanches au mur de boue, juste en dessous de notre campement. Sur les falaises au-dessus des maisons, se trouvent deux monastères rouges de Gilling, un grand chorten blanc (monument religieux bouddhiste) et les ruines d'anciens palais et forteresses. Malheureusement, un de ces monastères fut récemment dévalisé de quelques beaux thangka (peintures de volutes religieuses). Par conséquent, bien qu'il nous fut possible de visiter les monastères, nous ne fûmes pas autorisés à prendre de photos car les gardiens pensent que les photographes attirent les voleurs vers l'art inestimable à l'intérieur des bâtiments.
Pendant la nuit, Samsee commença à présenter les symptômes du mal aigu des montagnes et il fut évident qu'elle ne pouvait pas continuer le trajet. En fait, il devint crucial de l'emmener à une altitude plus basse dès que possible. On finit par convaincre Dawa, plutôt réticent, que la situation était assez sérieuse pour faire venir un hélicoptère de sauvetage et entre temps Steve, Samsee (à dos de cheval), leur fils, Sila et quatre Sherpas retournèrent à Jomsom. Dawa dut rester à Tamaghyang pour diriger le pilote de l'hélicoptère.
Le reste de l'équipe, dirigé par Ang, le cuisinier, continua la randonnée. Il fallait passer le col de Tseti La, en pente raide, avant d'arriver à Ghami, le prochain village. On atteignit Dhakmar qui veut dire 'rocher à pic rouge', deux heures plus tard. Un grand ruisseau serpente à travers ce village, ce qui en fait une vallée particulièrement jolie. Les collines environnantes ont des tons pastel de gris et de jaune, avec une falaise rouge cannelée qui donne un contraste spectaculaire.
Lo Manthang et le Palais du Roi
Pendant ce temps, l'hélicoptère arriva à Tamaghyang mais Dawa était nulle part. Sans de bonnes indications et avec le vent qui soufflait, le pilote n'arriva pas à localiser Steve et son équipe, les forçant à retourner à Jomsom. De Jomsom, Samsee fut transportée à Katmandou où elle réagit bien au traitement médical.
En descendant vers la plaine, la seule entrée de la cité de Lo Manthang se trouve dans l'angle Nord-Est. Selon la tradition bouddhiste, quand vous arrivez, il vous faut marcher autour des remparts dans le sens des aiguilles de la montre. Une fois notre tour terminé, nous étions autorisés à traverser le portail où seul le roi et sa famille peuvent monter à cheval dans l'enceinte des remparts.
Nous avions un jour entier pour explorer Lo Manthang. Les attractions furent le Chyodi Gompa (monastère), à l'extrémité Nord de la ville et les peintures murales à l'intérieur des principaux temples; Champa Lakhang (temple du Bouddha Venant) et Thungchen.
Avant que le commerce avec le Tibet fut interrompu, tout le commerce du sel et de la laine sur la Kali Gandaki passa par Lo Manthang et cela rapporta une grosse somme d'argent à la ville. Maintenant, beaucoup de Lobas (habitants du Mustang) voyagent vers le sud en direction de l'Inde pour faire du commerce. La richesse se mesure en fonction de la possession de terre et de chevaux et en fonction du statut social.
Les portes de la plupart des maisons à Lo Manthang donnent sur une cour centrale à deux étages. Le rez-de-chaussée est utilisé pour le stockage de la nourriture, les atours des chevaux, les instruments agricoles et pour entreposer un tas de fumier utilisé comme combustible. Un escalier raide en bois mène au premier étage qui a un balcon typique qui surplombe la cour et des portes qui mènent au salon et à la cuisine. Un morceau de bois entaillé mène au toit qui est entouré par des piles de fagots de genévrier et de bois pour le feu et qui est aussi une section importante de la maison, utilisée pour se reposer ou pour travailler au soleil. Des cornes de boucs et de yack ornent le toit des maisons. En principe, chaque maison possède des toilettes à l'intérieur de la maison, à l'étage supérieur dont l'évacuation se fait dans une chambre au rez-de-chaussée. Les cendres du feu sont versées dans les toilettes pour enlever l'odeur et donne en retour un riche fertilisant.
Les fourneaux utilisés au Mustang sont d'une conception particulière. Les fourneaux sont des objets à trois pieds avec une chambre de combustion de 30 cm de haut qui rugit comme un volcan lorsqu'on l'approvisionne avec du fumier de yack et des excréments de chèvres. Les gens brûlent rarement le bois qui se trouve sur le toit pour faire cuire les aliments; c'est là principalement une démonstration de richesse et pour les cérémonies à l'occasion.
Avant de quitter Lo Manthang, nous essayâmes d'obtenir une rencontre avec le roi, Jigme Parbal Bista et la reine qui est issue d'une famille d'aristocrates de Lhasa. Selon la coutume, chacun de nous dut offrir au roit des deux mains un khatak (écharpe rituelle de salutation). Le thé au beurre, boisson horriblement salée produite à base de lait de yack, fut servi pendant notre visite. Nos tasses furent souvent remplies jusqu'à ras bord et moi, ignorant la coutume qui veut qu'on laisse sa tasse pleine une fois que l'on a assez bu, je continuai à avaler à grange gorgée ce liquide...
Puisque le roi ne parle que le tibétain et le népalais, nous dûmes avoir recours à un interprète. Le roi est un cavalier actif et possède une écurie avec les meilleurs chevaux du Mustang de même qu'un élevage de chiens apso de Lhasa et de monstrueux mastiffs tibétains. Bien que son rôle soit principalement cérémonial, il est respecté par le peuple et les villageois le consultent à propos de plusieurs sujets. Le roi est un vrai gentleman et une mine d'informations à propos des terres et de ses habitants une fois que la conversation est engagée concernant son royaume.
De Lo Manthang, nous suivîmes le sentier vers le sud en bas des falaises érodées de la rivière Kali Gandaki jusqu'au village pittoresque de Dri où nous passâmes la nuit. Le dîner fut suivi par des jeux et des amusements avec nos hôtes tibétains. La soirée fut remplie de rires car nous dûmes chanter à tour de rôle et le vent très froid de dehors fut soudainement oublié. Je suis presque sûr que je suis le premier Sud-Africain à avoir chanté 'Die Stem' au Mustang. Plus tard durant cette nuit, je me blottis dans mon sac de couchage et m'assoupis au son des moines qui chantaient et au son d'une corne de cérémonie utilisée par un monastère du voisinage.
Quand Charang, le prochain village, apparut, les couleurs vives du temple, la forteresse très élevée et le chorten peint (monument religieux bouddhiste) à la lisière de la ville contrastaient grandement avec les crêtes poussiéreuses en arrière plan. Le temple et la forteresse sont tous deux des structures solides, dominant complètement les maisons basses du village et la terre environnante. Le monastère de Charang, juste en dessous de la forteresse, abrite des centaines de statues en cuivre, en bronze, en argent et en or ainsi qu'une collection d'anciennes thangkha (peinture de volutes religieuses).
De Charang, nous retournâmes vers Ghami où nous passâmes un mur mani (mur de prière) de 300 mètres de long. Il est dur de s'imaginer combien d'heures des générations d'hommes et de femmes passèrent à graver les lettres du mantra sacré (mots exprimant le chemin vers l'illumination) dans ces rochers couvrant ce mur de prière spectaculaire. De Ghami, nous prîmes le chemin du retour par les cols vers Tamaghyang, Samar et Chele. Dawa, notre chef guide nous rejoignit pour la dernière partie de la randonnée vers Jomson où notre expédition avait commencé 14 jours auparavant. Il devint évident que Dawa s'impatientait en attendant l'hélicoptère à Tamaghyang et avec des conséquences catastrophiques quitta son poste pour suivre le groupe de Steve qu'il ne réussit pas à rattraper.
Ce fut une Samsee en bien meilleure santé qui nous surprit tous à notre pension de famille à Katmandou et ce fut de la bière et pas du café de Mustang ou du thé au lait qui nous désaltéra alors que nous échangions le récit de nos aventures jusqu'à tard cette nuit là.